mercredi 9 novembre 2016

Le périple jaune


Un long week-end de cinq jours, Et si on allait dans les Pyrénées-Orientales ? Bonne idée, la région la plus ensoleillée de la métropole offre de belles randonnées, de jolies citadelles et villages, le pittoresque train jaune, sans oublier des sources naturelles d'eau chaude.

Les flamboyants contrastes automnaux de la Cerdagne sont à deux heures de voiture...attendez, pas si vite, pas besoin d'aller vite, les vacances c'est quand même fait pour ralentir… revenons à peine en arrière. Et si l’évidence n'en était pas une ? Et si l'on faisait le choix de se mouvoir autrement ?
 
Et si le trajet devenait une partie du voyage, si nous n'étions pas à une ou deux heures près ? Et si nous prenions le temps, si nous avions des contraintes qui se transformaient en opportunités ? Alors faisons comme tous les jours, utilisons les transports collectifs, nos pieds… à une différence près, notre meilleur ami le vélo restera à la maison, il n'a pas sa place dans les transports publics que nous envisageons d'emprunter.

Quand on n’a pas de voiture, on devient d'un coup plus astucieux. On cherche les trains, les bus, les bons parcours de rando, les navettes, on repère les collectivités qui ont pensé à nous, on vise les logements au cœur des villages. Voici un aperçu du périple jaune que nous nous sommes concoctés.


Tout d'abord un TER pour gagner le centre du Monde (demandez à Dali pour l'adresse exacte). Là, le Conseil Départemental met à disposition un bus qui pour 1 € remonte la vallée du Conflent et nous dépose à Casteil, au pied du Canigou et de notre première randonnée. En chemin nous visitons l'abbaye de St Martin du Canigou perchée dans les montagnes. Longtemps accessible qu'à pied… la voiture y a désormais un accès. Mais on est là- bas dans un autre temps, la petite aiguille ne tourne plus à la vitesse standard et le moine qui nous fait visiter nous incite à prendre le temps. En fin de journée, alors que le soleil commence à se retirer discrètement, nous découvrons Vernet-les- Bains. 8 km à pied, 800m D+.

Le lendemain matin, le bus est ponctuel et nous laisse le temps de découvrir la citadelle de Villefranche du Conflent encore endormie. Pour remonter un peu plus la vallée, nous empruntons le fab uleux train jaune. Ce train est assez spécial car s'il est une attraction touristique (et à ce titre un peu plus cher qu'un TER classique, 0,21€/km au lieu de 0,17€/km plein tarif) il n'en reste pas moins un vrai service public qui dessert quotidiennement de nombreux villages. Il semble à la fois frêle, chahuté sur sa petite voie métrique, agile en esquissant les obstacles naturels et se faufilant dans la forêt mais aussi tellement fort en enjambant la Têt avec des ouvrages d'art remarquables. La montagne offre en parallèle un autre spectacle moins poétique, elle a été récemment rabotée et meurtrie pour élargir la route nationale qui est (depuis maintenant longtemps) la colonne vertébrale de la vallée. Le train est en effet passé de chef d'œuvre technique à une presque anecdote touristique. D'ailleurs un collectif le défend contre les calculateurs et les rationalisateurs, ceux -là même qui ont détruit les tramways il y a 50 ans pour les reconstruire actuellement.

Côté marche, on se limitera à 4 km A/R pour rejoindre les bains de St Thomas, nichés dans une petite vallée, là où surgit de l'eau chaude et soufrée. Un petit chemin de randonnée agréable mène vers ces bains et il est fléché depuis la gare de Fontpédrouse, c'est à signaler ! Pourtant la sortie de la gare nous mène directement au bord de la nationale, sans trottoir, avec son flot incessant de véhicules.

Mont Louis marque le haut de la vallée. Sébastien le Prestre de Vauban y a construit une citadelle car Louis XIV redoutait l'invasion espagnole. La marche du jour nous permet d'y aller tout en découvrant le puissant et élancé pont Gisclard du train jaune et l'improbable gare de Planès accessible par un simple chemin non carrossable. Bilan du jour 13,5 km pour 1170m D+.

 Bolquère Eyne est la plus haute gare ferroviaire de France, 1592 m ! C'est à pied que nous la rejoignons le lendemain matin pour y attendre le train jaune. Il nous emmène à Saillagouse où 3,3 km nous séparent des bains (plus commerciaux) du joli village de Llo.

Deux trains jaunes par jour en cette saison obligent à quelques adaptations, il est tard mais trop tôt pour pouvoir manger par rapport aux horaires des cuisines des restos du coin. L'abri voyageur de la gare nous servira de refuge à la tombée de la nuit, nous guettons le son de son sifflet (façonné dans le four solaire de Mont Louis) et c'est avec soulagement et émotion que nous l'observons descendre la montagne dans l'obscurité.

Pour le dernier jour au départ de Latour de Carol, les paysages sont sublimes, les sentiers très bien balisés sont même régulièrement équipés de petits panneaux cartes IGN (signés CD66 ) nous incitant à quelques détours fort agréables. Les 18,7 km et leurs 880m D+ sont bien plus faciles avec l a perspective de se délasser dans les petits bains romains de Dorres, accompagnés d'un soleil complice.
Enfin, l'incroyable gare internationale de Latour de Carol nous accueille avec un certain décalage, un gigantisme désuet. Trois lignes s'y côtoient, trois écartements de voie différents. Les prochains trains sont pour Toulouse, Paris, Barcelone, ça claque ! Ce vestige est celui de la seule traversée ferroviaire transpyrénéenne opérationnelle. Pour combien de temps ? Le train de nuit, l'un des deux survivants en France, attend patiemment le départ. Nous le retrouverons bientôt en gare de Toulouse après avoir accompagné l'Ariège de sa naissance à sa confluence avec la Garonne et après avoir franchi l'étonnant tunnel hélicoïdal de Mérens. Quand la pente est trop forte, un tunnel est taillé dans la montagne, le train y tourne à presque 360 degrés pour ressortir 60 m de dénivelé plus bas ! Il n'y en a que deux en France mais si c'est impressionnant sur le papier c'est insaisissable depuis le train !
 

En voiture on aurait sûrement vu plus de choses, on se serait garés sur les grands parkings des bains, on aurait même pu en faire deux dans la même journée. On serait allé au village suivant pour trouver le resto qui semble mieux. Mais ce petit périple jaune, comme le train et les feuilles des arbres, nous laisse un souvenir particulier et jamais nous ne l'aurions raconté sans cela. Vivre sans voiture c'est un art de vivre et nous sommes contents et fiers d'être des artistes !

Sébastien et Laure